Les Moments Littéraires n° 38

Jean-Noël Pancrazi, un rescapé en cavale

 

C’est avec Madame Arnoul, paru dans la collection « Haute enfance » de Gallimard (Prix du livre Inter et Prix Albert Camus), que Jean-Noël Pancrazi a commencé, en 1995, sa trilogie de la mémoire familiale ; suivront un livre consacré à sa mère (Renée Camps) et un à son père (Long séjour).

Après cette trilogie familiale, loin de se cantonner dans un registre qui lui assure le succès auprès des lecteurs et du milieu littéraire, Jean-Noël Pancrazi n’hésite pas à se remettre en cause et à prendre des risques en écrivant Les Dollars des sables, un livre sulfureux sur le sexe, l'amour et l'argent et, après La Montagne, le portrait de sans-papiers (Indésirable).

Est-ce son enfance passée dans un village proche de Sétif, sur les hauts plateaux au climat âpre, dans un environnement difficile dû à une situation familiale tendue et à la violence des événements d’Algérie qui le fait, sans cesse, rechercher un ailleurs ? Jean-Noël Pancrazi vit comme un oiseau sur la branche.

Est-ce le fait d’être un rescapé des attentats d’Algérie (La Montagne) ou des années sida (Les Quartiers d’hiver) qui induit son empathie envers les démunis, les exclus, ceux qui n’ont pas trouvé de place dans ce monde ? Jean-Noël Pancrazi est un militant à sa façon : il ne se contente pas de faire le portrait d’un sans-papiers, il l’accompagne dans les démarches pour tenter d'obtenir sa carte de séjour. Ainsi essaye-t-il de mettre en accord ce qu’il écrit, vit et fait.

Quant à son écriture, elle est reconnaissable par le rythme des phrases, longues, amples et ciselées par de nombreuses incises, par le recours aux métaphores, aux analogies. La recherche du mot juste est une permanence chez l’auteur de Quartiers d'hiver, Prix Médicis.

Le dossier Jean-Noël Pancrazi

  • Le lapin du Cheshire de Teresa Cremisi
  • Entretien avec Jean-Noël Pancrazi
  • A travers le pays de Jean-Noël Pancrazi
  • Jean-Noël Pancrazi, un écrivain hors du temps, pas hors de l’espace…de Jean-Jacques Colonna d’Istria

 

Egalement au sommaire du n°38 

Claude Pugade-Renaud & Daniel Zimmermann : Journal à quatre mains

Claude Pujade-Renaud et Daniel Zimmermann  ont toujours pratiqué l’écriture à quatre mains (voir à ce sujet le dossier qui leurs était consacré dans le n°16 de la revue). Un de leurs exercices fut l’écriture d’un journal de bord de leur vie de couple. Nous vous présentons quelques extraits de « journal à quatre mains », tenu durant un quart de siècle.

Jocelyne François  : Journal

Après Journal 1961-1989, Journal 1990-2000, Une vie d'écrivain et Le Solstice d'hiver : journal 2001-2007 trois volumes parus au Mercure de France, Jocelyne François, prix Femina pour Joue-nous « España », offre aux lecteurs des Moments Littéraires la suite inédite de son journal.

Vincent d’Indy : lettre

La chronique littéraire d’Anne Coudreuse

 

Actualités

Les livres sont écrits, les amours qui en furent les inspiratrices se sont apaisées, G. Matzneff, toujours prompt à s'enflammer, s'ennuie. Cette vie calme ne correspond pas à l'idée qu'il se fait du bonheur. Certes, après l'avoir longtemps ostracisé à cause de ses mœurs réputées peu orthodoxes, il reçoit en 2013 le prix Renaudot essai pour Séraphin c'est la fin !, et en 2015, le prix Cazes pour son roman La lettre au Capitaine Brunner ; mais ces tardifs lauriers, même s'ils lui font plaisir, ne sont pas des remèdes à la mélancolie. Son désir d'ivresse réclame une liqueur bien plus forte. Le 17 février 2014, dans une ville de province, une lycéenne fait irruption dans sa vie. L'année suivante, quand elle arrive à Paris, s'inscrit à la fac, ils deviennent amants. Elle a dix-neuf ans, lui soixante-dix-neuf. C'est la jeune Moabite du Booz de Victor Hugo. Leurs amours ne dureront que quelques mois, mais rendent à Gabriel Matzneff allégresse, confiance en son pouvoir de séduction, goût de son destin. De l'aventure, des réflexions politiques, une somme d'observations sur les jeunes filles, un goût très sûr pour la langue française, un christianisme solaire vécu comme l'héritage d'Apollon et de Dionysos, le dandysme élevé au rang de philosophie : pour Gabriel Matzneff, le journal intime, c'est la vie à bout portant.


Christophe Bataille a découvert le cahier scolaire d’une jeune Jura

Christophe Bataille a découvert le cahier scolaire d’une jeune Jurassienne, Célestine Parrot, dans le grenier familial. Il a décidé de le publier, telle quelle, en fac-similé.
Célestine Parrot a vécu dans un petit village du Doubs, à trente kilomètres de la Suisse, à mi-chemin de Pontarlier, d’Ornans et de Mouthe. Dans ces montagnes couvertes de sapin, étouffantes l’été, glaciales l’hiver, il y avait autrefois des vignes  : sous Napoléon III, son père, Constant Parrot, y travaillait son vin jaune avec succès, possédant l’une des plus grandes maisons du village.
Célestine, fréquentait l’école et tenait à treize ans un très beau cahier. 100 pages merveilleuses, où l’on découvre les compositions françaises, les cours de morale, au jour le jour, les exercices d’arithmétique, les dictées sur la mort de Marie-Antoinette, les dessins de cylindres, de meubles ou d’animaux, les cours de géographie. Célestine note, écrit, dessine, peint, calligraphie, énumère – une façon d’apprendre inimaginable aujourd’hui, poétique et surprenante.