Les Moments Littéraires n° 41

 

Fabienne Jacob

Ce que racontent les corps

 

De nos jours, à force d’être surexposé dans les magazines et les publicités urbaines avec des images retouchées, le corps est devenu un objet de représentation, un ornement, une nature morte.

Chez Fabienne Jacob, rien de tout cela. « Les corps des femmes de Fabienne Jacob sentent, suent, pèsent, sont accablés, sont glorieux. Ils sont désirés, ne le sont plus, ils désirent, ils sont affamés, affamés » souligne Marie-Hélène Lafon.

La matrice de l’œuvre de Fabienne Jacob se trouve dans la cour de la ferme de sa grand-mère, en Moselle, où, enfant, elle passa des heures à « observer, à deviner, à déchiffrer les corps, à rêver, à se créer un univers » où elle replonge sans cesse pour mettre à jour les non-dits, le caché, les secret des adultes, les souvenirs enfouis dans le magma de l’enfance.

Le dossier Fabienne Jacob

  • La fille aux chevaux lâchés, Claudie Hunzinger
  • Abécédaire, Marie-Hélène Lafon
  • Entretien avec Fabienne Jacob
  • L'humanité, Fabienne Jacob
  • En lisant Fabienne Jacob, Julien Thèves

 

Egalement au sommaire du n°41 

Elina Brotherus : entretien & photographies

L’œuvre d’Elina Brotherus est dominée par l'autoportrait et le paysage. Ces séries de photographies à tendance autobiographique s’apparentent à la tenue d’un journal intime. En quelques clichés, elle explore les moments, souvent douloureux, de sa vie intime ; ainsi dans « Annonciation », était évoquée sa démarche d'une fécondation in vitro. Un entretien et un choix de 8 photographies pour découvrir l’œuvre de cette photographe et vidéaste finlandaise, prix Niepce 2005.


Gilles Ortlieb  : Cabotages

Traducteur, prosateur, essayiste, il a publié une trilogie de carnets intimes aux éditions Finitude (Sous le crible, Le Train des jours, Vraquier). Souvent, dans ses carnets, il note ces petits riens du quotidien que le passant pressé ne voit plus et qui sont des moments de poésie.


Françoise Ascal : Carnets

A travers différentes formes (poèmes, récits, notes de journal, livres d’artistes) ses textes interrogent la ma-tière autobiographique, explorent la mémoire et ses failles, croisent l’intime et le collectif dans le souci de se confronter, selon les mots de Pavèse, au "métier de vivre".


Madeleine Dinès : journal de 1926-1927.

Après une présentation de Madeleine Dinès, la quatrième fille du peintre Nabi Maurice Denis, par Elodie Bouygues, enseignante-chercheuse à la Faculté des Lettres de Besançon, nous vous proposons de découvrir un extrait de son journal intime. En 1926, Madeleine à vingt ans, elle vient d’obtenir son baccalauréat et traverse une grande crise morale et spirituelle.


Les chroniques littéraires d’Anne Coudreuse

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Actualités

Stéphane Mallarmé Correspondance



Le monde est fait pour aboutir à un beau livre, parfois à un beau vers : «nuit, désespoir et pierreries», «solitude, récif, étoile». Pour cela, il fallait reprendre à la musique son bien, suggérer, voilà le rêve. Toute la poésie d’une vie est enfermée en un court volume. Les poèmes, denses jusqu’à l’hermétisme, que l’on sait maintenant décrypter, enferment le sens du monde, ou plutôt le suggèrent. Dans ces lettres pour la première fois réunies en entier, on trouvera l’histoire toute simple d’un homme qui a écrit «mon incompétence, je l’exhibe, sur autre chose que l’absolu». À ses amis, il lui est arrivé de révéler le sens de sa recherche, de commenter certains poèmes, de montrer toutes les facettes de son esprit. C’est dans l’espoir de recueillir ces confidences qu’on lit ces lettres. Elles constituent un extraordinaire document sur les réseaux de sociabilité littéraire, en même temps que le meilleur démenti des clichés qui ont encore cours sur la solitude d’un poète résolument hors du monde. Car cette correspondance peut se lire comme une autobiographie poétique, intellectuelle autant que quotidienne. Le poète s’y fait homme du monde en sacrifiant à l’activité épistolaire. Ce faisant, celle-ci témoigne de l’évolution de l’esthétique de Mallarmé et nous fait pénétrer dans les coulisses de l’œuvre. L’humour n’est pas en reste puisque le motif récurrent ici est l’horreur des lettres : Mallarmé écrit une lettre pour dire qu’il n’écrit pas de lettre. Au terme d’une correspondance qui compte plus de trois mille pièces, Mallarmé peut ainsi signer : «Celui qui n’écrit pas de lettres».